L’entretien de la semaine : Vladimir Sawadogo

L’entretien de la semaine : Vladimir Sawadogo

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Introduis-toi : ton parcours, tes études, ton expérience professionnelle

Je m’appelle Vladimir SAWADOGO, je suis né à Ouagadougou, au Burkina Faso, et j’ai 28 ans. A la base j’ai effectué un cursus scolaire plus ou moins ordinaire jusqu’à l’obtention de mon BAC Série D (Scientifique option SVT) en 2008. Suite à cela, je me suis fait offrir l’opportunité de continuer mes études à l’étranger, d’abord à Paris en France où j’ai effectué un an de classe préparatoire à l’École Supérieure d’Informatique Électronique Automatique, puis à Gatineau au Canada où j’ai entrepris des études en Génie Informatique à l’Université du Québec en Outaouais. Diplômé en 2014, je me suis lancé à la recherche d’un emploi comme la plupart des jeunes dans mon cas. Après quelques mois et quelques stages, j’ai découvert petit à petit le monde du travail dans lequel j’ai voulu me faire une place.
J’ai enchainé quelques petits boulots comme chauffeur livreur, agent de restauration, etc. avant de décider de m’installer à Montréal. Passionné de voyages, j’ai voulu mettre en place une application mobile, capable de rechercher et d’acheter tout seul un billet d’avion selon les critères des utilisateurs ; c’est ainsi que « Flylert », et par la même occasion une passion pour l’entreprenariat est née.
De retour au Burkina Faso en 2016, avec une première expérience dans l’entreprenariat plutôt laborieuse, et débordant de motivation, d’inspiration et de créativité, je me suis entouré d’une équipe talentueuse avec en tête l’idée de révolutionner la vie quotidienne des populations africaines en proposant des solutions informatiques innovatrices. C’est dans ce cadre que nous avons décidé ensemble de mettre en place la structure BAFA TECH qui est aujourd’hui l’un des douze lauréats de la première édition du programme Burkina Startups.

Parle nous de ton entreprise

Notre entreprise s’appelle BAFA (By Africans For All), elle regroupe deux autres entreprises BAFA TECH qui est une compagnie axée sur l’innovation technologique, et BAFA COM qui agit dans le domaine de la communication digitale et de l’évènementiel. Nous sommes en tout 5 associés, et dans ce cadre j’ai été choisi pour diriger BAFA TECH. Nos champs d’action sont le développement informatique, en particulier logiciels, applications mobiles et plateformes web. En outre, nos champs d’action secondaires sont le design graphique, la fourniture de matériel informatique et la sécurité informatique.
Dans le cadre de nos activités, nous avons conçu un système de gestion de file d’attente à distance que nous avons nommé LineUp ; ce système permet de prendre un numéro de file d’attente via son smartphone et ainsi de décider de son heure de passage. Nous avons été plébiscités à cet effet par le projet Burkina Startups qui est un programme lancé par l’État Burkinabé dans l’objectif de favoriser et d’accompagner la création de startups. Nous nous apprêtons également à lancer notre plateforme web de partage qui s’appelle BAFA Hub, et dont le but est de permettre aux burkinabé vivant à l’extérieur, et faisant partie de notre réseau, de travailler sur des projets que nous aurons obtenu sur place, et une application mobile de don de sang que nous mettrons gratuitement à la disposition des populations et des centres de santé.
Avec tous ces projets, et ceux à venir, BAFA TECH a donc pour ambition d’être un acteur important dans le développement de l’innovation technologique au Burkina Faso.
Lien vers son entreprise : 

As-tu choisi ton parcours universitaire ?

Absolument ! J’ai eu la chance de décider de mon programme d’étude, et comme j’étais passionné d’informatique, le choix a été plutôt simple.

Quelle fut l’influence de tes parents dans ton choix ?

Mes parents m’ont toujours soutenu dans tout ce que j’ai fait, spécialement quand il s’agissait d’informatique, car tout petit déjà, ils voyaient comment j’étais facilement attiré par tout ce qui avait attrait à la technologie. Donc ce fut un peu logique pour eux lorsque je leur ai annoncé que je voulais étudier dans ce domaine.

Pourquoi as-tu décidé de créer ta propre entreprise ? ou de faire le métier que tu as choisi ?

Comme je l’ai évoqué précédemment, l’aventure « flylert » m’a fait découvrir une passion pour l’entreprenariat que je n’avais pas nécessairement. Dès lors, j’ai voulu réaliser tout un tas d’idées que j’avais en tête, j’étais donc destiné un jour à créer ma propre entreprise afin d’avoir la possibilité de concrétiser tout cela.

Pourquoi avoir choisi le secteur des IT / Télécoms ?

C’était facile ! C’était mon domaine d’activités. Cependant je me considère d’abord comme un entrepreneur à temps plein, et pour vous dire, j’ai tenté d’autres choses dans d’autres domaines qui n’ont pas forcement fonctionnés pour le moment, et j’ai également d’autres projets en vue qui ne concernent pas nécessairement le secteur des NTICS.

Qu’est ce qui t’a poussé à rentrer en Afrique ?

A la base j’étais rentré pour un séjour de 3 mois, dans le but de revoir ma famille et certains amis que je n’avais plus revu depuis 4 ans. Cependant une fois sur place, je me suis rendu compte qu’il y avait encore tellement de choses à faire pour mon pays que j’ai décidé d’y rester et d’apporter ma pierre à cet édifice.
Ce fut pour le moment l’une des meilleures décisions que j’ai eu à prendre.

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ou auxquelles tu te confrontes quotidiennement ?

Conquérir le marché burkinabé n’est pas une chose aisée. Nous avons une mentalité assez particulière qui nous rend plus ou moins méfiants de tout ce qui est nouveau ou inconnu, spécialement dans le domaine des NTICS. La première difficulté que j’ai rencontrée a été de me réadapter à tout cela après 8 années passées à l’extérieur. J’ai d’abord dû essuyé quelques échecs sur des projets que je voulais mettre en place avant de comprendre comment je devais m’y prendre pour réussir au Burkina Faso.
Ensuite, je me suis heurté à la lourdeur et à la lenteur administrative des structures publiques ; malheureusement j’en souffre encore aujourd’hui, et cela me retarde énormément dans mes démarches.
Enfin, gérer une entreprise, spécialement le côté humain n’est pas de tout repos, il faut savoir se mettre à la place de tes employés et réussir à les motiver de telle sorte à ce qu’ils se battent pour la réussite de ton entreprise comme si c’était la leur. 
C’est principalement les difficultés auxquelles je fais face en ce moment.

Quelle est ton approche pour les gérer ?

Dieu merci, j’ai toujours été quelqu’un de naturellement empathique. Cela me permet facilement de comprendre les émotions et la façon de penser d’autrui. C’est une qualité que je mets à profit afin de non seulement motiver mon équipe, mais aussi de comprendre rapidement comment je dois me positionner devant le raisonnement d’un ou de plusieurs groupes d’individus.
C’est très important dans la gestion d’une entreprise et dans l’assimilation d’un marché particulier.
Aussi, je suis quelqu’un d’assez organisé, cela me permet d’aller vite et d’éviter de m’emmêler les pinceaux.
Enfin, mon côté très optimiste me pousse régulièrement à ne pas abandonner et à continuer d’espérer quelle que soit la situation. C’est une qualité dans le sens où cela m’aide à surmonter les épreuves les plus difficiles, mais c’est aussi un défaut car des fois je m’éloigne quelque peu de la réalité.

Qu’est ce qui te plait le plus dans ce que tu fais ?

J’ai toujours aimé faire quelque chose de bien pour les autres. Alors, savoir que je crée de l’emploi et que j’aide mon pays à se développer est ce qui me rend le plus heureux dans ce que je fais.
 D’un point de vue personnel, j’adore le fait d’entreprendre et de me dire que j’ai la capacité de gérer une entreprise avec autant de réussite.
J’aimerais également avoir la chance d’être quelqu’un d’inspirant pour beaucoup de jeunes, spécialement pour ceux qui vivent à l’extérieur et qui ont peur de rentrer au pays et d’échouer.

Que changerais tu si tu devais refaire ton parcours ?

Pas grand-chose… Peut-être que je serais rentré plus tôt. J’estime avoir perdu du temps en restant au Canada après mes études, cependant quelque part je me dis que rien de tout ça ne serait arrivé si ça ne c’était pas passé ainsi. Toutes ces expériences m’ont fait grandir et m’ont préparé à devenir celui que je suis maintenant.

Comment tu vois l’Afrique de demain en termes de développement et d’innovation technologiques ?

Je pense que la majeure partie des acteurs du domaine ont pris conscience du potentiel dont regorgeait l’Afrique en termes de développement et d’innovation technologiques pour les années à venir. D’un point de vue personnel, je suis super excité par la créativité et l’engouement des nouveaux jeunes africains qui sont en train d’innover dans tous les domaines. Quand on voit des pays comme le Ghana, le Nigéria, le Kenya et tout récemment le Rwanda, on ne peut qu’être admiratif devant l’avancée technologique dont ils font face.
Alors, Je crois personnellement que l’Afrique de demain sera un exemple en termes de développement et d’innovation technologique pour les autres continents, je suis en tout cas très motivé par rapport à tout cela.

Quelle est ta citation africaine favorite ?

Il y’a bien une citation africaine que j’aime bien, mais dont j’ignore l’auteur. C’est la suivante : « Seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin ».

Qu’est-ce que tu veux nous dire d’autres qu’on ignore ? 

Je pense que j’ai vraiment tout dit, je n’ai pas grand-chose à rajouter.

Cinq conseils à donner à des plus jeunes que toi

Alors d’abord, de manière générale J’aimerais dire au plus jeunes d’être courageux. De ne pas avoir peur de tenter quelque chose une fois qu’on sent qu’on a les compétences de le faire.
Ensuite, il faut être persévérant ; ne jamais douter de sa vision et se battre pour ça jusqu’à obtenir un résultat, c’est très important.
J’ajoute également à cela de la rigueur. C’est ce qui permettra de ne pas s’éloigner de ses objectifs.
Aussi, une qualité que beaucoup jeunes n’ont pas forcément, la patience. Il faut s’avoir se montrer patient dans ce qu’on fait, car tout ne se fait pas en un instant. Microsoft ne s’est pas fait en une année, pareil pour Facebook, Coca cola, etc. Ils ont su se montrer patient, croire en leur vision et persévérer jusqu’au bout malgré les embuches.
 Enfin, le dernier conseil que je peux donner c’est de rester humble. Alors, restez humble autour de vous, dans tout ce que vous entreprendrez et vous verrez que les gens autour de vous, vous respecterons et vous feront confiance.

 

Lien vers son entreprise : 

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Sem DJEGUEDE
Sem DJEGUEDE

Ingénieur IT & MBA, il est avant tout un entrepreneur passionné des technologies mobiles et de voyages.

2 Comments

  1. Ndoye 12 janvier 2018 at 22:19

    Super!!!!!

  2. Tafa Ouédraogo 16 janvier 2018 at 17:25

    Bon courage et bon vent à toi Vladi !

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