L’entretien de la semaine : Michael Akpoli

L’entretien de la semaine : Michael Akpoli

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Introduit toi : ton parcours, tes études et ton expérience professionnelle.

Je suis né au Bénin où j’ai effectué mes études secondaires puis une licence en Réseaux et Télécoms jusqu’à l’âge de 21 ans. Je suis ensuite venu poursuivre mes études en France. Il était très difficile de s’intégrer facilement dans un cursus technique avec un diplôme universitaire du Bénin malgré mes deux baccalauréats. Premièrement, j’ai eu le bac C. Puis n’étant pas satisfait car je recherchais une mention, j’ai repassé le bac D en candidat libre l’année qui a suivi. Je n’avais pas les bases en SVT mais ma rigueur et mon bon niveau en mathématiques et physiques m’ont permis de décrocher ce second bac avec une mention.
 Une fois arrivé en France à 21 ans, et afin d’avoir les bases, j’ai dû reprendre une licence technique en Informatique spécialité administration réseaux et systèmes.
J’ai ensuite validé et obtenu un diplôme d’ingénieur en Télécommunication et Réseaux informatiques. 
Aussitôt mes études finies, j’ai eu l’opportunité d’intégrer rapidement une grande entreprise de télécommunication française, qui est considérée comme le deuxième opérateur de téléphonie mobile. 
 J’y ai travaillé quelques années avant de me lancer dans l’entreprenariat. 

As-tu choisi ton parcours universitaire ? Si non, quelle fut l’influence de tes parents dans ton choix ?

Je suis issu d’une famille nombreuse et mon père, qui est enseignant, a voulu que chaque enfant fasse des études scientifiques et se spécialise dans une branche d’activité comme par exemple la médecine, l’architecture, l’ingénierie, etc. J’aurai voulu être médecin neurologue mais nous avons déjà assez de médecins dans la famille (mon frère est dentiste), et pour diversifier les métiers comme l’a souhaité mon père, je me suis lancé dans des études techniques. 
Il faut aussi dire que j’ai suivi les conseils de mon frère qui m’a orienté dans la voie des télécoms car à l’époque il y avait un boom et le marché de l’emploi était prometteur. 
Mon père nous a toujours encouragé sur la voie de l’entreprenariat car il connait les difficultés de la fonction publique et du travail de salariat. 
Il serait bien que les dirigeants revoit un peu le système pour permettre aux jeunes de se lancer dans l’entrepreneuriat juste après le bac en mettant en place des filières professionnelles . 

Pourquoi as-tu décidé de créer ta propre entreprise ? 

L’idée a germé il y a environ 5 ans de cela quand je suis rentré au Bénin, après quelques années passées en France. Mon constat avait été affligeant : rien n’avait changé. Absolument rien. Tout était à faire et à refaire je dirai. 
Avant mon entreprise actuelle, je m’étais lancé dans différents projets. En terme de sécurité des espaces publiques, administrations et commerces, je proposais un service de vidéo surveillance. Le second projet était celui de « digitaliser » l’administration béninoise en proposant des solutions numériques afin de faciliter la gestion administrative des dossiers, les files d’attentes, etc. En gros une administration 2.0. 
Malheureusement ces deux projets n’ont pas pu aboutir à cause de différentes difficultés. Notamment celle d’avoir accès aux décideurs. J’ai eu l’impression que mon jeune âge posait problème. En effet, connaissant le pays, il était très difficile par certaines personnes d’accepter le fait qu’un jeune soit porteur de projet. Et surtout d’un projet qui va changer la manière de faire dans l’administration.  
Après cet épisode, qui m’a beaucoup appris, j’ai décidé de revenir en France afin de mieux me préparer et rebondir plus tard.
Lien vers son entreprise : www.assouka-telecom.fr

Pourquoi avoir choisi le secteur des IT / Télécoms ?

Tout simplement parce que c’est mon métier de base. Après les quelques années passées au sein d’un opérateur de téléphonie je me suis lancé dans l’aventure moi-même.
Mon entreprise propose un abonnement unique (une seule carte SIM) pour passer des appels de la France vers l’Afrique à tarif préférentiel.  Les communications de la France vers la France métropolitaine sont aussi à tarifs très avantageux. L’offre inclut une trentaine de pays. L’objectif à long terme est de couvrir l’ensemble des pays africains. 
C’est un projet que j’ai lancé il y a un peu plus d’un an avec mes frères car on s’accompagne mutuellement pour nos projets. Notre principal avantage concurrentiel est non seulement l’abonnement unique (une seule carte SIM) pour tous les types d’appels à un tarif très compétitif mais aussi le focus que nous mettons sur l’Afrique. Nos principaux concurrents ont des offres préférentielles vers l’Europe, l’Amérique du Nord et très peu vers l’Afrique.
J’ai d’autres projets à l’opposé des télécoms mais qui s’appuient tout de même sur les technologies de l’information dans des domaines comme la santé, l’agriculture et le génie civil. Aujourd’hui on ne peut rien faire sans IT. Elles s’infiltrent partout et sont un moteur de développement.

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ou auxquelles tu te confrontes quotidiennement ?

Comme je l’ai indiqué dans une des questions précédentes, la principale difficulté a été de trouver les bons interlocuteurs surtout au Bénin où le relationnel est important. Tu ne peux rien développer de concret si tu n’as pas un réseau de connaissances. 
Une autre difficulté a été le financement. Vous savez, ce n’est pas facile pour de jeunes entrepreneurs de lever des gros financements si ce n’est compter sur l’aide familiale pour commencer. 
Malgré la forte concurrence qu’il y a dans le domaine des télécoms, je n’ai pas rencontré de barrières liées à la régulation. Après le lancement, j’ai été plutôt confronté à des problèmes de communication et de marketing.

Quelle est ton approche pour les gérer ?

Optimisme et innovation. Dans un environnement concurrentiel il est plus que nécessaire d’innover pour se différencier de la concurrence. 

Qu’est ce qui te plait le plus dans ce que tu fais ?

En tant que salarié on travaille un peu aveuglement sans savoir pourquoi telle ou telle décision a été préférée à une autre. On n’a pas de visibilité sur les plans futurs et généralement on est pas impliqué dans les décisions. En ayant ma propre entreprise, j’ai ce contrôle sur les décisions étant donné que c’est moi-même qui les prends et cette satisfaction de savoir ce que je fais et pourquoi je le fais. 
Etre un chef d’entreprise c’est avoir une idée, une vision puis mettre tout en œuvre pour son exécution. C’est être acteur des choix qu’on opère, et cela me motive. 
Etre aussi entrepreneur, c’est aussi tous ces challenges et défis qui se présentent et qu’on doit relever quotidiennement. A cela s’ajoute l’innovation constante par laquelle on est porté. 

Que changerais tu si tu devais refaire ton parcours ?

Je me serais lancé beaucoup plus tôt et n’aurai peut-être pas attendu 5 ans.
Comment tu vois l’Afrique de demain en terme de développement et d’innovation technologiques ?
L’Afrique a énormément évolué dans le domaine des IT et des télécoms. Le secteur pousse naturellement et se transforme car de nombreuses choses se font tous les jours. Les unes plus innovantes que les autres. Aujourd’hui l’IT en Afrique c’est l’affaire de tous.
L’Afrique va dépasser le milliard d’abonnés mobile donc il y a un gros besoin à satisfaire. Les IT deviendront incontournables et seront présents dans tous les domaines. Je pense notamment à la finance et à l’industrie du service qui sont très peu développés. 
Nous avons besoin d’innovations utiles, c’est-à-dire quelque chose qui sera utile à la population et qui peut changer les habitudes.
Malgré les nombreux efforts qui sont fait ci et là il reste encore beaucoup de choses à construire.

Quelle est ta citation africaine favorite ?

« C’est en se forgeant qu’on devient forgeron ».  

Qu’est-ce que tu veux nous dire d’autres qu’on ignore ? 

J’en ai déjà dit assez, je pense. 
Quoi d’autre à rajouter à part que je suis né un 25 décembre et après des jumelles. (NDLR : Chez nous au Bénin, il y a cette croyance qui veut que celui qui soit né après des jumeaux soit porteur d’un message de paix et est considéré comme modérateur dans les disputes).

Cinq conseils à donner à des plus jeunes que toi.

1. Croire en soi et en son potentiel
2. Travailler dur et constamment
3. Ne pas avoir peur d’entreprendre
4. Apprendre de ses erreurs
5. Apprendre continuellement de nouvelles choses afin de se perfectionner.
Lien vers son entreprise : www.assouka-telecom.fr

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Sem DJEGUEDE
Sem DJEGUEDE

Ingénieur IT & MBA, il est avant tout un entrepreneur passionné des technologies mobiles et de voyages.

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